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Vers 800 av JC av. J.-C., la région rhodanienne et provençale occupée par les Ligures voit l'arrivée progressive de Celtes, d'où le terme celto-ligure s’appliquant par la suite aux indigènes. A Arles, des objets provenant de différents sondages, en particulier du site de l’hôpital Van-Gogh attestent l'existence d'une occupation sur cet îlot rocheux dès la fin la fin du VIIe siècle et durant les trois premiers quarts du VIe siècle avant J.-C. La population est alors indigène et fait partie des Nearchi [3], peuple établi sur une partie de la Crau et des Alpilles. Cette population, dès cette époque, est en relation commerciale avec les navigateurs méditerranéens initialement puniques et étrusques, puis grecs[4], qui s'engagent dans la basse vallée du Rhône en remontant le fleuve.

Les relations évoluent ensuite vers la colonisation. En 600 av. JC, les Phocéens, marins grecs originaires d’Asie mineure fondent la ville de Marseille et s'installent en Provence. Très rapidement, ils créent des comptoirs sur le littoral et aux embouchures des fleuves. Sur le site d'Arles, il s'agit de Théliné (La Nourricière)[5] fondée vers 540 av. JC - 530 av. JC comme évoqué par Avienus : Là s'élève la cité d'Arles, nommée Théliné aux siècles précédents, lorsque le Grec l'habitait [6]. Initialement, cette implantation caractérisée par une brutale amplification d'une présence humaine et des activités économiques, se traduit par la création d'un emporion sur le rocher d'Arles par des immigrés grecs et des refugiés d'Alalia[7] qui évolue rapidement autour des années 500 av. JC - 490 av. JC, vers la fondation d'une colonie structurée quant à l'organisation de son habitat. Cette fondation souligne l'intérêt commercial de la cité qui offre un débouché vers les régions septentrionales, notamment pour la diffusion des vins. Les fouilles récentes donnent quelques indications sur cette période :

  • Sous les cryptoportiques romains, au cœur de l'agglomération, apparition de vestiges architecturaux à murs porteurs structurés autour de voies à revêtements datés du dernier quart du VIe siècle av. J-C.
  • Au sud de la ville, transformation de l'emplacement du Jardin d'hiver qui devient un quartier habité à la fin du VIe siècle av. JC et dont l'urbanisme se développe au cours du Ve siècle.

Cette composante hellénique de la ville d'Arles va générer une dynamique culturelle qui va s'étendre sur plusieurs siècles jusqu'à la fin de l'antiquité tardive et le début du Haut Moyen-Âge[8].

de l'an -400 à -200 [modifier]

Une rupture se produit au début du IVe siècle av. J.-C.. Probablement lors de la poussée celte[9], la cité revient sous domination autochtone vers 400 av. JC - 370 av. JC et reprend son patronyme d'Arelate (la ville des marais) : le lieu situé près (are) de l'étang (late). Le quartier du Jardin d'hiver évoqué ci-dessus est restructuré en plusieurs étapes, d'abord au IVe, puis au IIIe siècle av. JC. A partir de cette date et pendant environ trois siècles jusqu'à la création de la colonie romaine en 46 av. J.-C., la cité va entretenir des relations mouvementées avec sa voisine Marseille. La route d'Hannibal et le franchissement du Rhône en 218 av. J.-C., au dessus d'Arles La route d'Hannibal et le franchissement du Rhône en 218 av. J.-C., au dessus d'Arles

C'est dans ce contexte qu'il faut analyser un évènement particulier : la traversée du Rhône par l'armée Hannibal. A la fin août 218 av. JC lors de la Deuxième Guerre punique, Hannibal franchit le Rhône à quatre journées de marche de la mer[10], soit probablement au nord d'Arles entre Tarascon et Avignon. Ce passage semble précipité car Hannibal redoute l'arrivée de forces romaines. Scipion débarque en effet à (proximité de ?) Marseille avec plusieurs légions pour lui interdire le passage du Rhône mais arrive trop tard; seul un détachement de cavalerie entre en contact avec les troupes d'Hannibal [11]. Polybe précise : P Cornelius met ses troupes à terre, à l'embouchure du Rhône, qu'on appelle embouchure de Marseille. Les sources historiques ne permettent pas de connaître la position politique exacte des arlésiens à cette date. Ni le grec Polybe, ni le latin Tite-Live qui décrivent ces événements ne citent une seule fois le nom d'Arelate, ce qui est d'autant plus étonnant que les troupes de Scipion remontant le Rhône ont du passer par la cité. Toutefois, l'itinéraire retenu par Hannibal, au nord d'Avignon, indiquant le choix d'un trajet dans une région hostile à Rome, peut laisser penser que les arlésiens soumis à l'autorité marseillaise suivent la politique pro-romaine de la cité phocéenne. Mais la question est ouverte : d'après Patrice Arcelin[12], Arles aurait été plutôt à dominante ethnique indigène à partir du IVe siècle. Il relève que les anciens ne la considéraient pas comme une colonie de Marseille (elle ne figure pas dans les nomenclatures préaugustéennes).

A la fin du IIIe siècle av. J.-C., Arles participe probablement à la fédération des Salyens qui se forme à partir de la réunion des « Celto-Ligures » de Provence autour de centres proto-urbains, placés sous le contrôle d'une aristocratie locale. Pour expliquer cette évolution, plusieurs hypothèses sont formulées, parmi lesquelles il faut citer celle d'un effet des tensions causées par la pression de Marseille.

IIe siècle av. J.-C. : installation des Romains en Provence [modifier]

Au cours du IIe siècle av. J.-C., Marseille s'oppose en effet de plus en plus à la pression croissante des Salyens et des peuples de la Provence orientale, d'abord seule puis avec l'aide de Rome.

  • dès le début du siècle, Marseille s'attaque à une série de sites dont Arles[13] qui subit des dégats importants de manière quasi-concomitante avec une importante crue du fleuve (vers 175 av. JC). Quoi qu'il en soit, ces quartiers périphériques méridionaux, au Jardin d’Hiver, au sud de l’enceinte, au pied du rocher primitif sont par la suite abandonnés jusqu’au moment de l’installation de la colonie romaine vers 46 avant notre ère, l'habitat se repliant alors sur les parties hautes de la ville (par exemple zone de la Commanderie Sainte-Luce). L'historien Polybe décrit certaines coutumes piscicoles et alimentaires camarguaises de l'époque [14].
  • peu après, Marseille sollicite Rome d'abord à partir de 182 av. J.-C., puis vers 154 av. J.-C. en Provence orientale
  • enfin, la cité phocéenne fait encore appel aux troupes romaines dans les années 125 av. J.-C., cette fois-ci en Provence occidentale pour en finir avec la résistance des Salyens; à cette occasion, les Romains non seulement interviennent mais s'installent en Provence après l'écrasement de la confédération. La ville d'Aix est fondée (122 av. JC) et peu après (118 av. JC) la division administrative de la Narbonnaise créée, permettant ainsi aux Romains de maîtriser la route d'Italie vers l'Espagne (Voie Domitienne). Arles comme les autres cités de la Provence, à l'exception de Marseille qui conserve une certaine autonomie, se trouvent rattachées à la colonie de Narbonne. Toutefois beaucoup d'informations nous échappent et certains historiens n'hésitent pas inclure dès cette époque la cité arlésienne dans la zone d'influence de Marseille.

Les nouveaux maîtres d'Arles ne favorisent guère la cité dont nous trouvons la mention du nom, pendant de longues années, que dans de rares textes, tels ceux de Polybe[15]. Les événements ne sont pas peut-être pas alors propices à un développement car moins de vingt ans après l'implantation des légions romaines, la Provence est aux prises avec des peuples venus de l'Europe du Nord qui, voulant piller l'Italie, menacent la Provence. Les Fosses Mariennes sur la table de Peutinger Les Fosses Mariennes sur la table de Peutinger

Après la déroute romaine d'Arausio (Orange) le 6 octobre 105 av. JC, le consul Marius intervient dans la région d'Arles pour interdire aux troupes barbares l'accès de l'Italie. Plutarque dans la Vie de Marius nous décrit cet épisode[16]. Pendant deux ans, stationné au nord-est d'Arles, probablement sur la zone appelée la Montagnette d'où on peut contrôler les mouvements éventuels des barbares, Marius occupe ses troupes à des travaux logistiques : la construction des Fosses Mariennes, un canal de Fos à Arles à travers les étangs permettant d'éviter la remontée difficile du Rhône en aval de la cité. Il écrase finalement les Teutons en 102 av. JC à Pourrières près d'Aix-en-Provence, puis les Cimbres en Gaule cisalpine, près de Verceil en 101 av. JC. Après ces victoires, Marius abandonne l'usage de la nouvelle voie d'eau aux Marseillais. Par cette faveur contraire aux intérêts d'Arelate, cette dernière se trouve plus encore sous la dépendance de sa puissante voisine. Strabon souligne les avantages accordés à Marseille : les Marseillais en tirèrent un grand profit par les taxes perçues sur les transports remontant et descendant le fleuve. Arelate n'en est pas moins desservie par un canal qui fait d'elle un port à la fois fluvial et maritime. Cette situation privilégiée jouera un rôle important quelque soixante ans plus tard, lors du conflit entre César et la ville de Marseille.

Epoque romaine [modifier] [ Dérouler ] Chronologie Epoque romaine

  • 90 av. JC : révoltes salyennes facilement matées; participation possible de la cité.
  • 83 av. JC  : révoltes salyennes facilement matées; participation possible de la cité ; quelques éléments archéologiques comme la création d'un cimetière sur une zone précédemment urbanisée (quartier de l'hopital Van Gogh), laissent supposer un nouveau repliement de l'habitat vers un réduit mieux défendu.
  • 49 av. J.-C : Arles aide Jules César lors de la Guerre Civile en construisant douze vaisseaux de guerre utilisés contre Marseille.
  • 46 av. J.-C : fondation de la colonie romaine d’Arles pour les vétérans de la VIe légion.
  • Vers 40 av. J.-C : début d'un plan d'urbanisme monumental portant sur la création de fortifications et la construction de trois édifices majeurs : le forum, l'arc du Rhône et le théâtre.
  • Vers 80 : nouveau plan d’aménagement urbain sous la dynastie flavienne (69-96) en raison de expansion de la cité liée au développement économique et commercial. Après la première urbanisation augustéenne, le nouveau projet nécessite la modification du tracé nord de la première enceinte romaine pour permettre la construction des arènes.
  • Vers 150 : nouveau développement urbain avec notamment la construction du cirque romain et l'aménagement de Trinquetaille en quartier résidentiel.
  • 254 : première mention historique de l'Église arlésienne dans une lettre papale d’Étienne Ier.
  • Vers 257, 268-278 et 289-292 : invasions de la seconde partie du IIIe siècle et destruction des quartiers suburbains et de Trinquetaille.
  • 297 : réforme administrative de Dioclétien ; le Rhône devient la limite naturelle entre deux provinces : la Narbonnaise première à l’ouest et la Viennoise à l’est.
  • Vers 303 : les persécutions de Dioclétien contre les chrétiens ont laissé trace à Arles d'une légende (peut-être vraie) : le martyr de Saint-Genest
  • 307 : Constantin probablement à Arles pour son mariage avec Fausta, la fille de Maximien,
  • 308-310 : Maximien chassé par ses troupes se réfugie dans la cité jusqu'en 310
  • 313 : transfert de l'atelier de frappe d'Ostie à Arles. Les frappes arlésiennes seront poursuivies durant tout le IVe siècle et au début du Ve.
  • 314 : sollicité par les évêques chrétiens africains pour son arbitrage impérial, Constantin organise un concile à Arles (cf. conciles d'Arles) le 1er août 314 pour y faire condamner le donatisme. Ce concile se déroule dans l'église construite sur un ancien temple antique dédié à la Bonne Déesse et devenue depuis Sainte Marie Majeure, puis Notre Dame de la Major.
  • 314 et 316 : résidence de Constantin Ier dans la cité. Son fils Constantin II y nait le 7 août 314 et la cité d'Arles va recevoir peu après, en 328, le surnom de Constantina qu'elle conservera jusqu'en 340.
  • 353 : concile organisé à l’instigation de Constance II et présidé par l'évêque Saturnin. Ce concile consacre temporairement l'arianisme.
  • 353 : l'empereur Constance II offre une représentation grandiose le 10 octobre 353 au théâtre tique
  • Vers 365 : Arles est décrite par le poète Ausone dans un ouvrage recensant les 17 villes les plus importantes de l'Empire ( Ouvre, Arles, douce hôtesse, ton double port ...)
  • 371 : Arles est le point de départ de l'expédition organisée par Théodose pour réprimer la révolte des Provinces d’Afrique contre Valentinien.
  • 407 : l'administration impériale déplace la préfecture du prétoire des Gaules située jusque alors à Trèves sur Arles (PALANQUE J.R. fixe cette date un peu plus tôt à 395). La cité provençale connaît en conséquence une véritable renaissance un siècle exactement après Constantin Ier.
  • 408-411 : le général romain, proclamé empereur, Constantin III s’établit dans la cité en 407 ou probablement au début 408 jusqu'en 411.
  • 411 : après trois mois de siège prise de la ville à la fin de l'été 411 par le patrice Constance nvoyé par l’empereur légitime Honorius.
  • 411-414 : Constance réside à Arles jusqu'en 414 date du départ des Wisigoths d'Athaulf en Espagne.
  • 417 : le 22 mars, Zosime qui vient d'accéder à la papauté élève l'Église d'Arles au rang de primatiale des Gaules en faveur de son évêque Patrocle. Toutefois ce privilège est de courte durée : il est annulé dès 418 par Boniface Ier, le successeur de Zosime.
  • 418 : Édit d'Honorius et Théodose. Par l'édit du 17 avril 418, reçu à Arles le 23 mai, Honorius renforce le rôle de la cité d'Arles qui est choisie comme lieu d'assemblée annuelle des sept-provinces.
  • 425 : le général romain Aetius oblige les Wisigoths à la retraite devant la cité.
  • 425 : la présence de juifs à Arles est attestée dès 425 par le décret de l'empereur Valentinien III envoyé à Patrocle l’évêque de la cité et à Amatus le préfet des Gaules. Cette présence est confirmée en 443 par les canons du concile d'Arles puis en 449 lors des funérailles de l'évêque Hilaire (429-449).
  • 428 : écroulement du pont de bateaux d'Arles sous l'affluence des fidèles qui traversent d'une rive à l'autre pour la célébration annuelle du martyr de Saint Genès.
  • 430 : la ville est assiégée sans succès par les Wisigoths.
  • vers 430 : apparition du phénomène des habitations parasitaires, dans les bâtiments et espaces publics en raison de la croissance de la population due au transfert de la Préfecture et de la recherche d’une protection améliorée auprès des remparts de la ville.
  • 449 : Sidoine Apollinaire décrit les fêtes données à Arles pour l'inauguration du consulat d'Astère et de Protogène.
  • 450 : conflit entre les diocèses d'Arles et de Vienne. Le pape attribue les fonctions de métropolitain à l'évêque de Vienne dans les diocèses de Valence, Tarentaise, Genève et Grenoble, tandis que les autres cités de la Viennoise et de la Narbonnaise IIe restent du domaine du métropolitain d'Arles.
  • 451 : au printemps 451, Aetius s’attarde à Arles pour obtenir des renforts pour défendre l'Empire contre Attila qu'il vaincra en juin devant Orléans, puis en septembre lors de la bataille des champs Catalauniques, près de Troyes.
  • 453 : la cité est à nouveau attaquée par les Wisigoths qu'elle réussit à repousser grâce à la résistance et à la diplomatie de Tonance Ferréol, préfet du prétoire des Gaules.
  • 455 : le 9 juillet à Arles (à Beaucaire, d’après d’autres sources), Avitus est proclamé empereur d’occident.
  • 456 : à la suite d'un coup d’État, Avitus doit quitter Rome et se réfugie à Arles où après avoir rassemblé des troupes, il tente de reconquérir son titre en Italie.
  • 457-458 : siège de la ville par le wisigoth Théodoric II. Arles est sauvée par l'intervention de l'empereur Majorien.
  • 458-461 : Majorien réside dans la cité.
  • 471 : défaite d'une armée romaine conduite par Anthemiolus, le fils de l'empereur Anthémius, face aux troupes d'Euric près d'Arles.
  • 472 : Arles résiste à un siège des Wisigoths
  • 473 : prise de la cité, ainsi que la ville de Marseille, par les Wisigoths.
  • 475 : la Provence revient temporairement sous l'autorité romaine après la cession de l'Auvergne aux troupes d'Euric.
  • 476 : Euric poursuit ses conquêtes en se rendant d'abord maître d'Arles et de Marseille, et de là ute la partie de la Provence en deçà de la Durance.
  • 484 : Euric meurt de mort naturelle lors d'un séjour à Arles en novembre ou décembre 484.
  • 495-500 : Arles passe sous la domination du roi burgonde Gondebaud au plus tard en 499 ou 500.

Ier siècle avant J.C : Arles devient une colonie romaine [modifier] Carte de la Gaule en 58 av. J.-C. : les peuples de la Narbonnaise Carte de la Gaule en 58 av. J.-C. : les peuples de la Narbonnaise

Au début de ce siècle, en 90 av. JC puis en 83 av. JC [17], il est signalé de nouvelles révoltes salyennes facilement matées, mais les informations ne permettent pas de connaître exactement ce qui se passe dans la cité arlésienne lors de ces conflits. Toutefois quelques éléments archéologiques comme la création d'un cimetière sur une zone précédemment urbanisée (quartier de l'hopital Van Gogh), laissent supposer un nouveau repliement de l'habitat vers un réduit mieux défendu.

La chance d'Arles survient lors de la Guerre Civile dans les années 50 av. J.-C.. En effet Marseille hésitant à choisir un parti et refusant de suivre César, entre de facto en conflit avec lui. Jules César se trouve alors un allié de poids avec la cité d'Arles qu'il désigne par Arelate dans le Bellum Civile (I, 36, 4) : Naves longas Arelate numero XII facere instituit (Il fit construire à Arles douze vaisseaux de guerre) Ces vaisseaux, construits en mois d'un mois, vont lui permettre de gagner sa bataille contre Marseille en 49 av. J.-C. Pour récompenser Arles de cette aide, il va charger Tibérius Claudius Néro[18], père du futur empereur Tibère de fonder la colonie romaine d’Arles (automne 46 av. J.-C) en y établissant les vétérans de la VIe légion. Les colons de cette nouvelle province disposent d'un territoire pris sur celui de Marseille qui s’étend du Rhône à la Durance et jusqu’à Hyères, soit pratiquement l’équivalent des départements actuels des Bouches-du-Rhône et du Var. Le premier gouverneur d'Arles est Decimus Junius Brutus[19]. Un moment compromise par l'assassinat de César le 15 mars 44 av. J.-C qui permet à Marseille de remettre en cause cette création, la fondation trouve un nouvel élan grâce à Octave, (neveu et fils adoptif de Jules César), le futur empereur Auguste, engagé dans sa marche vers le pouvoir et soucieux de rassembler dans sa clientèle politique les fidèles de son père adoptif. La titulature officielle de la colonie, formulée sous le règne d'Auguste, exprime avec force cette filiation : COLONIA JVLIA PATERNA ARELATE SEXTANORVM [20]. Octave vient lui-même à Arles probablement vers 40 av. J.-C, pour organiser ce bastion de la puissance romaine. Avec la création de la colonie, les Arlésiens, libérés de la tutelle ou influence marseillaise[21], deviennent de véritables citoyens romains avec la possibilité de prendre part aux délibérations du peuple dans les assemblée de la capitale lorsqu'ils s'y rendent. A ce titre, les Arlésiens sont inscrits sur les registres d'une des tribus de Rome, la tribu Teretina.

A cette date, vers 40 av. J.-C, un plan d'urbanisme monumental est lancé portant sur l'aménagement de vastes espaces publics et la construction des trois édifices majeurs : le forum, l'arc du Rhône et le théâtre, ce dernier dominant la colline de l'Hauture. L'ambition d’un tel projet laisse supposer que sa conception et sa maîtrise relèvent directement du plus haut niveau de l'État. Cette première urbanisation de la colonie romaine qui se termine à la fin du Ier siècle av. J.-C est appelée Augustéenne.

  • le forum est la première grande réalisation urbaine de la récente colonie romaine, vers 30-20 av. J.-C. Conformément aux usages de l’urbanisme romain, ce forum prend place à l’intersection des deux voies majeures de la cité : le cardo (nord-sud) et le decumanus (est-ouest).
  • le théâtre, commencé vers 40/30 av. J.-C est achevé vers l’an 12 av.J.-C; il s'inscrit dans le quadrillage romain, sur le decumanus.
  • l'arc, appelé l' Arc du Rhône ou Arc Constantin[22] est daté de la fin du Ier siècle av. J.-C. ; construit à proximité immédiate du Rhône à l'extrémité actuelle de la rue du docteur Fanton, il est détruit par décision des consuls au XVIIe siècle.
  • la première enceinte romaine, dont l'historien F. BENOIT reconnait des vestiges dans les substructions de la tour des Mourgues[23] au sud-est de la cité[24], est érigée.

La fortune initiale de la ville date de cette époque et cette première période va durer presque trois siècles jusqu'aux invasions barbares du milieu du IIIe siècle.

Ier siècle [modifier]

En effet, Arles est une ville importante à l’époque romaine, dont elle a conservé de nombreux vestiges, en particulier les arènes et la nécropole des Alyscamps. Strabon en 18 de notre ère, signale le rôle commercial de la cité[25] et un peu plus tard Pline l’Ancien[26] mentionne Arelate Sextanorum (Arles colonie des Sextaniens). Dès le début du siècle une voie romaine, la voie Agrippa, unit la ville à Vienne et Lyon. Les nautes arlésiens transportant du vin sur la Durance Les nautes arlésiens transportant du vin sur la Durance

En 92, l'empereur Domitien promulgue un édit sur la vigne dans l’Empire Romain avec interdiction de planter de la vigne et obligation dans les provinces d’arracher la moitié du vignoble afin d’éviter la surproduction. Cet édit succite une opposition, en particulier en Provence, et la mesure reste inefficace et sans lendemain.

Arles bénéficie également d'un nouveau plan d’aménagement urbain à la fin du Ier siècle en raison de expansion de la cité liée au développement économique et commercial : en effet après la première urbanisation augustéenne, dès le siècle suivant, durant la dynastie flavienne (69-96) la ville déborde des remparts initialement élevés sous Auguste. Ce nouveau projet nécessite la modification du tracé nord de la première enceinte romaine pour permettre la construction des arènes dans les années 80.

IIe siècle [modifier]

Au IIe siècle, la ville s'enrichit avec la construction du cirque romain (vers 150) au sud-ouest de la ville. Le cœur de la cité est également remodelé et au sud le rempart est percé tandis qu'un quartier suburbain se développe dans le prolongement du cardo, et qu'un nouvel établissement thermal est créé. À Trinquetaille, sur la rive droite du Rhône, l'occupation limitée du Ier siècle se transforme en un vaste quartier résidentiel doublé d'un quartier artisanal et commercial. Ces travaux montrent que les aménagements de l’époque flavienne, notamment la construction des arênes, vers 80, se sont poursuivis jusque sous l’empereur Antonin le Pieux, à l’apogée de l’Empire. On connait quelques arlésiens dont la renommée est parvenue jusqu'à notre époque, par exemple Favorinus, citoyen romain d'origine gauloise, philosophe et homme de lettres. Arles est aussi le centre d'un région agricole céréalière très importante exportant ses blés à Rome. À cette époque, il faut noter que les terres du delta plus surélevées que maintenant par rapport au niveau marin, donc moins salées, permettent la culture céréalière dans de bonnes conditions.

IIIe siècle [modifier]

Si la légende date du second quart du siècle la présence de saint Trophime le premier évêque d'Arles, l'existence de l'Église arlésienne est toutefois avérée dès 254 dans une lettre[27] de saint Cyprien adressée au pape Étienne Ier.

La tradition historique (Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs) [28] rapporte également que les faubourgs de la ville auraient été incendiés et pillés peu après par des troupes barbares (Alamans) conduites par un certain Chrocus dans le contexte des invasions de la seconde partie du IIIe siècle (en 257, entre 268 et 278, puis entre 289 et 292), ce que semble confirmer l'archéologie. L'expansion des quartiers suburbains est en effet arrêtée par des incendies et destructions durant les années 250-270. Le même phénomène est observé sur la rive droite (Trinquetaille) où de riches maisons sont détruites à la suite d'un grand incendie survenu vers 260/275. Peut-être que des travaux de fortification, à l'instar de ceux entrepris dans de nombreuses cités[29] sont alors réalisés Le développement urbain ne reprendra que sous Constantin, avec une nouvelle croissance politique et administrative.

IVe siècle : Arles, ville impériale [modifier]

Au début du siècle, les persécutions de Dioclétien contre les chrétiens ont laissé trace à Arles d'une légende (peut-être vraie) : le martyr de Saint-Genest[30]. Sous cet empereur qui entreprend une vaste réorganisation des Provinces, le territoire d'Arles est considérablement diminué du côté de l'est, au bénéfice d'Aix et de Marseille[31]. Dès les années suivantes, l'histoire de la ville est intimement mélée à celle de Rome. En 308, Maximien chassé par ses troupes se réfugie dans la cité jusqu'en 310[32]. Puis la victoire de Constantin sur ce dernier au pont de Milvius (312) va bouleverser la destinée de la ville d'Arles. Elle devient alors la résidence favorite de Constantin[33], devenu l’empereur Constantin Ier qui envisage un moment d’en faire une capitale d’Empire. Il y réside en 314 et 316, son fils Constantin II y nait le 7 août 314 et la cité d'Arles va recevoir peu après, en 328, le surnom de Constantina qu'elle conservera jusqu'en 340. Dès 313, Constatin y transfère l'atelier de frappe d'Ostie et les frappes arlésiennes seront poursuivies durant tout le IVe siècle et au début du Ve. Il fait également construire les thermes de Constantin, si vastes que les érudits du XVIe siècle crurent à un palais (palais de la Trouille).

Le christianisme dès sa reconnaissance par Constantin en 313 (Edit de Milan), se répand dans la société arlésienne, en particulier dans les classes supérieures comme l'illustre le sarcophage découvert en 1974 à Trinquetaille. Ce sarcophage arlésien d'une personne de rang sénatorial est daté du premier quart du IVe siècle. Le christianisme ou plus précisément ses luttes internes deviennent aussi une affaire d'État, et Arles va être le siège de deux conciles organisés par des empereurs :

  • en 314 : sollicité par les évêques chrétiens africains pour son arbitrage impérial, Constantin organise un concile à Arles (cf. conciles d'Arles) le 1er août 314 pour y faire condamner le donatisme. Ce concile se déroule dans l'église construite sur un ancien temple antique dédié à la Bonne Déesse et devenue depuis Sainte Marie Majeure, puis Notre Dame de la Major.
  • en 353 : un autre suit en 353, à l’instigation de son fils Constance II[34], présidé par l'évêque Saturnin. Ce concile consacrera temporairement l'arianisme.

Le diocèse d'Arles déjà important se développe et il est probable que la basilique paléo-chrétienne découverte en 2003 ait été construite à cette période dans le 3ème quart du IVe siècle.

À peu près à cette époque, vers 365, le poète Ausone dresse un portrait de la ville d'Arles dans un ouvrage recensant les 17 villes les plus importantes de l'Empire : Ouvre, Arles, douce hôtesse, ton double port [35], Arles, petite Rome gauloise, voisine de Narbonne et de cette Vienne qu'enrichissent les colons des Alpes. Tu es coupée par le cours impétueux du Rhône au milieu duquel un pont de bateaux forme une place où tu reçois les marchandises du monde romain. Tu ne le retiens pas et tu enrichis les autres peuples et les autres villes que possèdent la Gaule et le vaste sein de l'Aquitaine.

En 371, Arles est le point de départ de l'expédition organisée par Théodose pour réprimer la révolte des Provinces d’Afrique contre Valentinien.

À la fin de ce siècle (ou au début du Ve, selon d'autres sources), les Romains en font le siège de la préfecture des Gaules qu’ils rapatrient de Trèves trop exposée sur les marches de l’Empire.

Ve siècle [modifier]

Arles : une capitale éphémère des Gaules [modifier]

Après avoir transféré vers 403, la préfecture du prétoire d'Italie de Milan à Ravenne, l'administration impériale déplace en 407[36] celle des Gaules située jusque alors à Trèves sur Arles, Petrone (Petronius) devenant alors le premier préfet du Prétoire des Gaules (402-408) résidant dans la cité provençale. Un siècle exactement après Constantin Ier, la ville connaît une véritable renaissance. En ce début de Ve siècle, Arles est au sommet de sa puissance : c’est une ville épiscopale, administrative, commerçante et fiscale. Sa population supérieure à celle de nos jours, aurait atteint 50 000 habitants, voire 80 000 d’après certains, ce qui en faisait alors la cité la plus peuplée de Gaule.

Toutefois, cette prospérité n’exclut pas les menaces d’invasions. Afin de les prévenir, un général romain Constantin III s’établit dans la cité en 407[37] jusqu'en 411. Il ambitionne de se faire reconnaître par l’empereur légitime Honorius qui, se sentant menacé, lui envoie en 411 une armée conduite par le patrice Constance. Après trois mois de siège, la ville se rend au cours de l’été et Constantin malgré une reddition négociée, est livré à Honorius et exécuté. Constance réside jusqu'en 414[38] dans la cité. Avec des forces militaires insuffisantes, il doit en effet faire à l'anarchie qui règne en Gaule et en Espagne avec des Wisigoths qui agissent en nomades[39]. Constance fait également le ménage à la tête de l'archevêché : l'évêque d'Arles Héros nommé par Constantin III est alors chassé, tout comme son collègue l'évêque d'Aix Lazare. À Arles, Heros est remplacé par l'ambitieux Patrocle (412-† 426). La période autour des années 407-416, est donc une période agitée pour la cité ainsi que le rappelle l'empereur Honorius[40].

Si Arles est une capitale, elle est aussi un évêché très influent. Les prélats d'Arles, conscients de l'importance de leur diocèse, sont sans cesse en conflit avec leurs collègues de Vienne ou de Marseille pour essayer d’asseoir la primauté de l’église d’Arles en Gaule. Ils y réussissent temporairement lorsque le 22 mars 417, Zosime qui vient d'accéder à la papauté élève l'Église d'Arles au rang de primatiale des Gaules en faveur de son évêque Patrocle. Toutefois ce privilège est de courte durée : il est annulé dès 418 par Boniface Ier, le successeur de Zosime. Pièce présentant le profil de Flavius Honorius Pièce présentant le profil de Flavius Honorius

Honorius renforce le rôle de la cité par l'édit du 17 avril 418, reçu à Arles le 23 mai[41] : Arles est choisie comme lieu d'assemblée annuelle des sept-provinces, laquelle assemblée doit se tenir chaque année entre le 13 août et le 13 septembre, en présence du préfet du prétoire, des gouverneurs des provinces, des nobles revêtus de dignités officielles et des députés des curies. À cette occasion, l'empereur souligne l'importance commerciale de la cité : si avantageuse est la situation d'Arles, si grand le nombre des marchands qui s'y rencontrent, que l'on y apporte facilement les produits de tous les pays… Tout ce que les riches contrées de l'Orient, l'Assyrie délicate, l'Afrique fertile produisent de meilleur, tout cela se montre à Arles comme si la ville elle-même en était le pays d'origine.

À côté des chrétiens, la présence de juifs à Arles est attestée dès 425, lorsque l'empereur Valentinien III montant sur le trône de l’empire, fait parvenir un décret à Patrocle l’évêque de la cité et à Amatus le préfet des Gaules, dans lequel il stipule l’interdiction faites aux Juifs d’occuper des fonctions judiciaires, de servir dans l’armée et de posséder des serviteurs chrétiens. Cette présence est confirmée en 443 par les canons du concile tenu à Arles puis en 449 lors des funérailles de l'évêque Hilaire (429-449) (on entendit chanter les Psaumes en hébreu par les juifs d'Arles)

Sous l'épiscopat de cet entreprenant "moine-évêque", la ville se transforme. Le groupe épiscopal du IVe siècle est transféré du sud-est de la ville, vers le centre (actuelle place de la République) où la communauté chrétienne arlésienne commence la construction de la cathédrale Saint-Étienne qui deviendra plus tard Saint-Trophime. L'Église d'Arles, sans doute avec l’accord du pouvoir civil, n'hésite pas à piller les monuments romains en les utilisant comme carrières, comme par exemple le théâtre antique[42] en raison de sa proximité avec la nouvelle basilique et de l'hostilité chrétienne aux comédiens. En 428, une anecdote rapporte à la fois la célébration annuelle du martyr de Saint Genès et l'écroulement du pont de bateaux d'Arles sous l'affluence des fidèles qui traversent d'une rive à l'autre « sans d'ailleurs, par miraculeuse protection, qu'il y eût de victimes » [43]. Au même moment, c'est-à-dire vers 430, apparaît le phénomène des habitations parasitaires, pour l'essentiel modestes, dans certains bâtiments et espaces publics. Deux hypothèses sont avancées pour expliquer ce phénomène : d'une part la croissance de la population due au transfert de la Préfecture depuis Trèves et à l’installation d’administrations impériales, et d'autre part la recherche d’une protection améliorée auprès des remparts de la ville.

En effet Arles subit des assauts, en 425 quand le général romain Aetius oblige les Wisigoths à la retraite devant la cité divisée sur la politique vis-à-vis des barbares[44], puis en 430. Lors d'une brève période d'accalmie, en 449, Sidoine Apollinaire assiste à dix-neuf ans, debout à côté de la chaise d'ivoire de son père[45], aux fêtes données à Arles pour l'inauguration du consulat d'Astère et de Protogène. Dès 453, la cité est à nouveau attaquée par les Wisigoths qu'elle réussit à repousser grâce à la résistance et à la diplomatie de Tonance Ferréol, préfet du prétoire des Gaules[46]. Entre temps, la ville d'Arles sert de base à des préparatifs militaires. Au printemps 451, Aetius s’attarde dans la cité pour obtenir des renforts contre Attila qu'il vaincra en juin devant Orléans, puis en septembre lors de la bataille des champs Catalauniques, près de Troyes.

La fin de l'Empire romain [modifier]

Après la mort de Aetius (454) et Valentinien III (455), les rois barbares fédérés ne se sentent plus liés à l’Empire romain, et cherchent tous à agrandir leurs territoires. La ville d'Arles, pendant les vingt-cinq ans qui suivent, est ainsi mélée à de nombreux événements marquant la fin de l'Empire (455-480).

Le 9 juillet 455 à Arles (à Beaucaire, d’après d’autres sources), Avitus est proclamé empereur d’occident (455-456), avec l'appui du roi wisigoth Théodoric II. Mais cette action tourne court : ne pouvant se maintenir à Rome qu'il doit quitter à la suite d'un coup d’État, Avitus retourne se réfugier à Arles où après avoir rassemblé des troupes[47], il tente de reconquérir son titre en Italie. Lors de cette nouvelle campagne Avitus est capturé par le patrice Ricimer le 17 août 456, et bien qu'épargné[48], il craint toujours pour sa vie. C'est en essayant de trouver refuge en Gaule - probablement à Arles- qu'il périt assassiné quelques semaines plus tard.

Emblème de la richesse romaine, la cité continue de susciter de nombreuses convoitises. Elle est encore assiégée sans succès pendant deux ans (457-458) par le wisigoth Théodoric II et ne doit son salut qu'à l'intervention de l'empereur Majorien qui s'y installe à la fin de l'année 458. Il y réside jusqu'au printemps 461. Les fastes romains se perpétuent alors : ainsi on signale des jeux du cirque organisés en janvier 461 par le consul Severinus en l'honneur de Majorien qui y prend part, et la même année, Sidoine Apollinaire souligne le luxe d'une réception chez un notable arlésien[49]. Toutefois, la politique de Majorien se remarque par des mesures sociales, telles que des remises d’arriérés d’impôts, et elle essaie de limiter les accaparements de l’Église (captation d'héritage, mise au couvent des jeunes filles…), ce qui illustre les rapports de l'Église avec la société civile, y compris à Arles sous les épiscopats de Ravennius, Augustal ou Léonce. Sidoine Appollinaire nous dresse également une description du forum, encombré de colonnes et de statues et de l'atmosphère politique régnant alors dans la cité.

A partir de 471, les événements se précipitent. A cette date, l'empereur Anthémius essaye d'intervenir en Gaule pour contenir les Wisigoths en y envoyant une puissante armée. Son fils Anthemiolus en prend la tête, accompagné par trois généraux, Thorisarius, Everdingus et Hermianus. Ils rencontrent les troupes d'Euric près d'Arles où l'armée romaine est écrasée et tous les quatre tués[50]. Finalement, après avoir résisté à un nouveau siège en 472, la cité est prise par les Wisigoths en 473 ainsi que la ville de Marseille. Possessions temporaires, car après la cession de l'Auvergne aux troupes d'Euric, la Provence revient temporairement sous l'autorité romaine (475). A ce propos, il convient de souligner le rôle central de l'évêque d'Arles Léonce dans ces événements. Il participe, en effet, avec ses collègues évêques, Groecus de Marseille, Basile d'Aix et Fauste de Riez, aux négociations[51] avec Euric à la demande de l’empereur Julius Népos. Carte de l'Europe en 476 avec la Provence wisigothique Carte de l'Europe en 476 avec la Provence wisigothique

Les transactions ayant échoué, Euric poursuit ses conquêtes en se rendant d'abord maître d'Arles et de Marseille, et de là toute la partie de la Provence en deçà de la Durance au cours de l'année 476 (ou 480). Pour mémoire Euric, qui aimait la cité d'Arles, y meurt lors d'un séjour en novembre ou décembre 484.

Cette fin de siècle est marquée par le déclin d'Arles qui a vu ses campagnes dévastées et qui perd son rôle de capitale régionale (disparition du préfet du prétoire à Arles). Le réaménagement de la ville commencé dans les années 430, continue : au-dessus des cryptoportiques, un habitat prend possession du dallage du forum augustéen et il y a peut-être dès cette époque, un habitat dans les arènes comme au cirque. Ce déclin profite à Marseille qui connaît un regain d'activité, ainsi que le signale dès 475 Sidoine Apollinaire. On peut donc dire qu'à la fin de ce siècle, la ville d'Arles et la Provence occupent sur le plan politique une position moyenne, voire de faiblesse. Elles vont ainsi devenir un objet de convoitise pour leurs voisins.

Haut Moyen Âge [modifier] [ Dérouler ] Chronologie Haut Moyen Âge

  • 501 : à l'occasion du conflit entre Francs et Burgondes (500-501) la ville repasse sous le contrôle des Wisigoths; en effet, pour se défendre de son frère Godegisele et de Clovis qui l'assiègent à Avignon, Gondebaud doit s'allier avec le roi Wisigoth Alaric II qui profite de la situation pour récupérer la cité.
  • 502 : les Francs et les Burgondes réconciliés essayent de prendre la cité, une première fois par Thierry, fils de Clovis, qui est battu près d'Arles, puis dans la plaine de Bellegarde probablement au début de 502.
  • 507-508 : les Francs et les Burgondes interviennent une seconde fois après la bataille de Vouillé et la mort du roi Alaric. Lors de cette seconde tentative, la cité assiégée est secourue par les Ostrogoths de Théodoric le Grand.
  • 511-536 : Libérius, préfet du prétoire des Gaules nommé par Théodoric.
  • 512 : Césaire, après avoir fait une première tentative hors des murs dans les années 506-507, installe finalement le 26 août 512 le monastère Saint-Jean dans l'angle sud-est du rempart où sous le nom de Saint-Césaire, il est demeuré jusqu'à la Révolution.
  • 513 : l'archevêque Césaire reçoit du pape Symmaque le droit de porter le pallium et devient ainsi on représentant en Gaule.
  • 534 : la ville est assiègée par Théodebert.
  • 536 : cession de la cité et de la Provence par les Ostrogoths aux Francs. Au cours de l'hiver 536 / 537, Théodebert fils de Thierry et son oncle Childebert viennent prendre possession de leur nouvelle acquisition.
  • 548 : Aurélien fonde à Arles un monastère pour hommes sur ordre du roi Childebert. Ce monastère intra-muros, dénommé des Saints-Apôtres, est à l’origine de l’église Sainte-Croix dans le Bourg-Vieux.
  • 549-600 : peste de Justinien; elle est évoquée à plusieurs reprises par Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs : il la cite en particulier à Arles en 549. Quelques années plus tard, en 588, l'épidémie toujours présente emporte l'archevêque Licerius.
  • 561 : partage de la Provence et création du couloir austrasien reliant l'Auvergne à Marseille et isolant Arles.
  • 567 : une épouse de Gontran roi de Bourgogne (561-591), est enfermée chez des moniales arlésiennes.
  • 570 : Arles est assiégée à deux reprises, initialement par les généraux Austrasiens Firmin et Audovère qui s'emparent de la cité, puis par les troupes du comte burgonde Celsus envoyées par Gontran qui bénéficiant d'un stratagème de l'évêque Sapaudus, écrasent l'armée austrasienne et reprennent la ville.
  • 574 : Arles est assiégée par les Lombards qui pillent la ville et razzient le bétail de la Crau.
  • 580 : une crue historique noie les faubourgs de la ville ; le cirque d'Arles dévasté ne sera jamais réhabilité.
  • 585 et/ou 587 : Arles est assiégée par les Wisigoths qui en représailles de l'invasion de la Septimanie par Gontran en 585, inondent la ville en détournant les eaux du Rhône. La cité a probablement été deux fois l'objet de représailles, en 585-586 et 587. Au cours de cet épisode, la région et la ville d'Arles sont défendues par Leudegisèle.
  • 591 : le pape Grégoire le Grand réprimande l'archevêque d'Arles, Virgile, à la suite de nombreuses plaintes à propos de conversions forcées de juifs chassés d'Orléans qui se réfugient en Provence;

595 : le 12 août, Grégoire le Grand adresse à l'archevêque Virgiles sa lettre O quam bona sur la simonie, pour le mettre en garde contre les méfaits de cette hérésie.

  • 596 : préparation à Arles et à Marseille de la mission d'évangélisation de l'Angleterre, confiée à Augustin.
  • 597 : le 17 novembre, Augustin de Cantorbéry est de retour à Arles après avoir converti le roi, la reine et les principaux officiers. A la demande de Grégoire Ier, et entourés de nombreux évêques, il est consacré archevêque de l'Eglise d'Angleterre dans la basilique Saint-Trophime par l'archevêque d'Arles, Virgile, alors vicaire du Saint-Siège en Gaules.
  • 613 : le pape Boniface IV confère le pallium et le vicariat des Gaules à l'évêque d'Arles Florianus.
  • 634-656 : sous Dagobert Ier puis Clovis II, présence d'une Provence arlésienne (en opposition à la Provence marseillaise); cette Provence arlésienne semble aller de pair avec l'existence, comme au siècle précédent sous Gontran, du couloir austrasien.
  • 663-673 : sous Clotaire III, présence d'une Provence arlésienne.
  • 675-681 :sous Thierry III, présence d'une Provence arlésienne.
  • 682 : concile présidé par l'évêque d'Arles Felix au sujet du célibat des prêtres.
  • 683-788 : trou dans la liste épiscopale entre les évêques Wolbertus et Elifant.
  • vers 714 : révolte du patrice Anthénor entraînant des troubles en Provence.
  • 794 : au concile de Francfort, les limites entre les provinces ecclésiastiques d'Arles et de Vienne sont à nouveau débattues. Arles perd les diocèses d'Aix et d'Embrun, qui sont élevés au rang de métropoles, mais conserve cependant huit suffragants : Marseille, Toulon, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Avignon, Vaison, Cavaillon et Carpentras.
  • 800 : Théodulfe, évêque d'Orléans, de passage dans la cité signale tous les produits qu'on peut y trouver grâce à son port : draps de soie, peaux de Cordoue, encens, ivoire et bien d'autres produits de la Syrie, de la Perse et de l'Inde; Arles est à cette époque un port franc prospère ouvert sur le monde méditerranéen.
  • 800-820 : Arles se trouve sur un des itinéraires des marchands chrétiens et juifs qui vont vendre des esclaves à Cordoue (Espagne). Agobard (778-840), évêque de Lyon, reproche par exemple aux juifs d'y amener des chrétiens enlevés à Arles et Lyon.
  • 802 : au printemps, Arles voit probablement passer l'éléphant blanc destiné à Charlemagne
  • 813 : en mai, pour remédier à l'état de l'Église, quatre conciles se tiennent sur l’ordre de Charlemagne dans les villes de : Mayence, Tours, Chalon-sur-Saône et Arles. Celui d’Arles à Saint-Trophime est présidé par Jean II archevêque de la cité.
  • 824 : l'archevêque d'Arles Noton, échange des terres de la campagne arlésienne avec le comte Leibulf (?-ap.829)
  • c.835 : pour lutter contre les pirates, l'empereur regroupe vers 835 l'ensemble des comtés provençaux sous l'autorité d'un duc résidant à Arles, probablement le comte Leibulf déjà comte en 824 et 829.
  • 841 : le 25 juin, le Garin (ou Warin) avec ses contingents arlésiens et provençaux, au côté de Charles et Louis, participe de façon décisive à la bataille de Fontanet qui consacre la défaite de Lothaire devant ses frères.
  • 842 : Arles est pillée par les Sarrasins.
  • 843 : après le traité de Verdun , Arles et la Provence passe sous l'autorité de Lothaire Ier et de ses représentants.
  • ap. 843 : le diacre Florus, parle en effet d' Arelas optima portus (Arles, riche port).
  • 845 : le duc ou comte Fulcrad tente une sécession de la Provence avec la participation probable des Arlésiens.
  • 850 : Arles est à nouveau attaquée, mais contrairement à 842, elle se défend avec succès et assacre les barbaresques dans leur fuite.
  • 855 : à la suite décès de Lothaire Ier, le partage de son royaume donne naissance à la Provence (royaume incluant le Lyonnais, la Viennoise et la Provence proprement dite) dévolue à Charles qui laisse l'administration de son royaume à Girart de Roussillon.
  • 859 : les Normands dévastent le territoire d'Arles à défaut de la cité. Ayant hiverné en Camargue lors de hiver très rigoureux de 859/860, ils remontent au printemps le Rhône avant d'être défaits par Girart de Roussillon probablement au niveau de Valence, et continuent ensuite leur raid vers l'Italie.
  • 863 : à la mort de Charles, la partie sud de son royaume, c'est-à-dire la Provence limitée aux territoires d'Arles, Aix et Embrun, revient à Louis II le Jeune empereur et roi d'Italie. A Arles le pouvoir semble alors exercé par les évêques qui sont amenés à prendre la défense de la population.
  • 865-870 : le géographe arabe Ibn Khordadbeh dans son livre des Routes et des Royaumes évoque les marchands juifs qu'il appelle Radhanites et qui à partir des ports du pays franc (ie Arles et Marseille) se dirigent vers le Moyen-Orient, emportant des marchandises d'origine septentrionale (esclaves, épées et peaux) pour ramener des épices.
  • 869 : en septembre, lors d'une razzia en Camargue, les Sarrasins surprennent l'archevêque Roland en train de superviser la mise en défense de la région. L'évêque fait prisonnier, est échangé contre des armes, des esclaves, et autres richesses. Malheureusement, les Arlésiens ne récupéreront que son cadavre, habillé et mis sur un siège par les barbaresques au moment de la remise de rançon.
  • 875-900 : plusieurs textes respectivement de 874, 890 et 897, évoquent des terres dépeuplées par 'assaut des barbares.
  • 875 : à la mort de l’empereur, la Provence est récupérée par Charles le Chauve qui nomme Boson, duc de Provence.
  • 878 : Au printemps, Boson accueille à Arles le pape Jean VIII qui menacé en Italie vient trouver des alliés de l'autre côté des Alpes. A cette occasion l'évêque d'Arles Rostaing, reçoit le pallium. Puis après avoir résider quelque temps dans la cité, Boson et Jean VIII participent au mois de juillet suivant au concile de Troyes.
  • 879 : le 15 octobre, Boson entre en rébellion contre les successeurs carolingiens constestés Louis III et Carloman II et se fait sacrer Roi de Provence dans son château de Mantaille avec l'appui des grands, de l'archevêque de Vienne et celui minoritaire des évêques provençaux dont Rostaing archevêque d'Arles ce qui souligne l'engagement fort, dès cette époque, de l'épiscopat arlésien auprès des princes bourguignons.
  • 881 ou 882 : après la reprise de la Provence à la suite de la prise de Vienne en octobre 881, Carloman descend en Septimanie et laisse comme trace de son autorité quelques deniers frappés à Arles.
  • av.883 : les Sarrasins pillent à nouveau la cité, ou du moins ses faubourgs, peu de temps avant 883.
  • 887 : Boson, qui est rentré en grâce, s'éteint à Arles (ou à Vienne d'après d'autres sources) le 11 janvier.
  • ap.890 : la Provence rhodanienne est désormais moins affectée par les Sarrasins dont les activités vont se déplacer en Provence occidentale, probablement à la suite de leur implantation dans les années 890 au Fraxinet.
  • 911 : véritable maître du Royaume, Hugues d'Arles s'installe à Arles qui devient la vraie capitale et Vienne que la résidence du malheureux souverain infirme Louis III.
  • 911-920 : fortes tensions entre l'aristocratie locale et l'aristocratie bourguignonne amenée par le comte Hugues; ces tensions qui se traduisent parfois par des meurtres, culminent dans les années 915-920.
  • 923 : l’archevêque d’Arles Manasses cède à l’Église de Marseille, menacée par les bandes sarrasines, les églises de Fos et l’abbaye Saint-André de la Cape où l’évêque de Marseille, Drogo (?) peut se réfugier.
  • 924 : les Magyars dévastent la Provence et la vallée du Rhône en 924. Ils atteignent Mende et Nîmes, en épargnant la cité d'Arles, probablement mieux défendue.
  • 924 : Raoul, neveu du roi Boson de Provence et frère de Hugues le Noir, élu roi des Francs, intervient dans le royaume de Provence. Hugues d'Arles lui consent hommage et scelle une alliance par le mariage de Berthe, sa nièce avec Boson le frère de Raoul.

926 : Boson d'Arles succède à son frère Hugues en tant que comte d'Arles lorsque celui-ci quitte Arles pour l'Italie.

VIe siècle [modifier]

La fin de la romanité [modifier]

What?

ATTENTION!!


Passée sous la domination du roi burgonde Gondebaud au plus tard en 499 ou 500, la ville repasse en 501 à l'occasion d'un conflit entre Francs et Burgondes sous le contrôle des Wisigoths; en effet, pour se défendre de son frère Godegisele et de Clovis qui l'assiègent à Avignon, Gondebaud doit s'allier avec le roi Wisigoth Alaric II qui profite de la situation pour récupérer la cité. Après les Burgondes, les Francs associés et réconciliés avec Gondebaud et poussés par l'Église à intervenir contre les Wisigoths ariens, essayent à leur tour d'accéder à la mer. Ils font alors plusieurs tentatives pour s'emparer de la cité d'Arles :'


  • une première fois, par Thierry, fils de Clovis, (qui) après avoir remporté une victoire à Nîmes est battu près d'Arles, puis dans la plaine de Bellegarde probablement au printemps 502 juste avant la mort de l'évêque d'Arles d'origine bourguignonne Eon, qui comme son successeur Cesaire rachète les prisonniers francs et burgondes aux Wisigoths,
  • puis en 507-508, après la bataille de Vouillé et la mort du roi Alaric.

Lors de cette seconde tentative, la cité assiégée est secourue par les Ostrogoths de Théodoric le Grand[52]. Après la libération de la ville, le roi Ostrogoth ravitaille les habitants, finance la restauration des remparts et prend la cité sous sa protection. Il nomme également un vicaire des Gaules (vicarius galliarum) dans la cité dès 508.

Les années 510-540 qui suivent correspondent à un période de tranquillité avec deux hommes illustres : Libérius (510-536), le préfet du prétoire des Gaules (præfectus prætorio galliarum) dont la fonction[53] est rétablie en 510 par Théodoric, et l'évêque Césaire d'Arles (503-542), qui bien que suspecté à plusieurs reprises de trahison en raison de ses sympathies burgondes et franques, réussit à se justifier aussi bien devant Alaric à Bordeaux en 505 que devant Théodoric à Ravenne en 513. Lors de ce voyage en Italie, Césaire reçoit du pape Symmaque le droit de porter le pallium et devient par la suite son représentant en Gaule[54]. À cette époque, l'évêque d'Arles évangélise les campagnes encore fortement imprégnées de cultes païens ou romains en transformant si nécessaire d'anciens lieux cultuels en édifices chrétiens. En 532, il crée ainsi un monastère ou une église en Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, ce qui confirme la présence probable d'un temple païen plus ancien en ces lieux. À Arles même, après avoir fait une première tentative hors des murs dans les années 506-507, il installe finalement le 26 août 512 le monastère Saint-Jean dans l'angle sud-est du rempart où sous le nom de Saint-Césaire, il est demeuré jusqu'à la Révolution. Les sermons de saint Césaire nous apportent également de nombreuses informations sur la vie quotidienne de la citée et sur ses artisans.

Protégée par le soutien militaire bienveillant de Théodoric, la ville échappe jusqu'aux début des années 530 aux ambitions Burgondes et Franques. Une première fois menacée en 534 par Théodebert[55], la cité est cédée ou plus exactement vendue en 536 avec la Provence par les Ostrogoths qui en conflit en Italie sont dans l'incapacité de défendre cette province. Au cours de l'hiver 536 / 537, Théodebert fils de Thierry et son oncle Childebert viennent prendre possession de leur nouvelle acquisition, président dans la cité des jeux à l'antique et font frapper des monnaies à leur effigie. Arles devient ainsi ville franque sous l'autorité de princes chrétiens et non plus ariens, et pour la première fois, obéit à des maîtres nordiques étrangers aux traditions romaines.

Malgré les conflits entre les descendants de Clovis, des liens particuliers sont alors établis entre la royauté et l'évêché; il faut se rappeler en effet que la désignation des évêques par les rois mérovingiens est devenu la règle au milieu du VIe siècle. Ainsi, en 548, le pape Vigile (537 à 555) à la demande du roi Childebert Ier nomme Aurélien vicaire du Saint Siège dans les Gaules et lui accorde le pallium. La même année (d'autres sources indiquent 547), Aurélien fonde à Arles un monastère pour hommes sur ordre du roi Childebert. Ce monastère intra-muros, dénommé des Saints-Apôtres, est à l’origine de l’église Sainte-Croix dans le Bourg-Vieux. Toujours à la même époque un concile est tenu à Arles, le 28 juin 554 sous la direction de l'évêque Sapaudus, au cours duquel l'église Notre-Dame est consacrée. C'est à Arles aussi que, vers 567, une épouse de Gontran roi de Bourgogne (561-591), est enfermée chez des moniales arlésiennes.

Les catastrophes de la fin du VIe siècle [modifier]

La seconde moitié du siècle est marquée par des épidémies, des troubles et des catastrophes naturelles. Dès la fin des années 540, Arles est frappée par la peste, appelée peste de Justinien et évoquée à plusieurs reprises par Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs : il la cite en particulier à Arles en 549 (cette province est cruellement dépeuplée). Quelques années plus tard, l'épidémie toujours présente emporte l'archevêque Licerius (586-588). La ville subit également le contrecoup de conflits entre Francs neustriens de Gontran (à l'ouest), austrasiens de Sigebert (à l'est) après le partage de 561 et la création du couloir austrasien reliant l'Auvergne à Marseille et isolant Arles. Le territoire Provençal est aussi ravagé par les Lombards qui descendent à partir de 569 des vallées alpines et la cité est également affectée par les Wisigoths. Arles est ainsi assiégée à de nombreuses reprises :

  • en 570 deux fois, initialement par les généraux Austrasiens Firmin et Audovère qui s'emparent de la cité, puis par les troupes du comte burgonde Celsus envoyées par Gontran qui bénéficiant d'un stratagème de l'évêque Sapaudus, écrasent l'armée austrasienne et reprennent la ville [56],
  • en 574 par les Lombards qui pillent la ville et razzient le bétail de la Crau [57],
  • en 587 (ou 585) par les Wisigoths qui en représailles de l'invasion de la Septimanie par Gontran en 585, inondent la ville en détournant les eaux du Rhône. La cité a probablement été deux fois l'objet de représailles, en 585-586 et 587. Au cours de cet épisode, la région et la ville d'Arles sont défendues par Leudegisèle [58], un prince nommé par Gontran, appelé Duc de la Provence d'Arles [59].

De nombreux auteurs datent de la seconde moitié du VIe siècle la construction d'une enceinte réduite [60] faite de blocs arrachés aux monuments romains [61] pour limiter le territoire à défendre en cas d'attaque. Appuyée sur la Tour des Mourgues, cette muraille rejoint directement le Rhône en s'appuyant sur l'extrémité sud du Théâtre antique. C'est également à cette époque que les arènes s'adaptent au retour de l'insécurité. Les voilà donc transformées en bastide, sorte de forteresse urbaine qui au fil du temps va se doter de quatre tours et dans laquelle s'intègrent plus de 200 habitations et deux chapelles. Enfin, la ville et son territoire souffrent de famines (grande famine de 585) et de catastrophes naturelles. En 580, une crue historique noie les faubourgs de la ville ; le cirque romain dévasté ne sera jamais réhabilité.

La fin du siècle est connue grâce en particulier aux échanges épiscolaires de l'évêque Virgilius d'origine bourguignonne qui succède à Licerius en 588.

  • En 591, le pape Grégoire le Grand réprimande Virgile à la suite de nombreuses plaintes à propos de conversions forcées de juifs chassés d'Orléans qui se réfugient en Provence;
  • Le 12 août 595, il lui adresse sa lettre « O quam bona » sur la simonie, pour le mettre en garde contre les méfaits de cette hérésie.
  • En 596, on sait également que la cité d'Arles abrite les préparatifs de la mission d'Angleterre; à cette occasion des esclaves anglo-saxons sont achetés[62]. Le 17 novembre 597, Augustin de Cantorbéry est de retour à Arles après avoir converti le roi, la reine et les principaux officiers. A la demande du pape Grégoire Ier, il est consacré archevêque de l'Eglise d'Angleterre dans la basilique Saint-Trophime par l'archevêque d'Arles, Virgile, alors vicaire du Saint-Siège en Gaules, dans une cérémonie où participent de nombreux évêques.

Finalement au cours de ce siècle, la ville d'Arles se replie sur elle-même. Dès les années 550, on constate la disparition de l’habitat extra-muros avec deux causes probables : la recherche d'un refuge à l’intérieur d’une enceinte réduite plus sûre et/ou la chute démographique induite par la peste. En tout cas, ces troubles et cette diminution de population ruinent l’agriculture arlésienne et la famine règne. La vocation défensive de la cité devient aussi primordiale. Ainsi, à la fin du VIe siècle, Arles et son territoire entrent dans une période difficile.

Les VIIe et VIIIe siècles [modifier]

En réalité, les informations disponibles sont très fragmentaires; par exemple on ne connaît aucun évêque d'Arles entre 683 (Wolbertus, mentionné en 683) et 788 (Elifant, 788-794?).

Le VIIe siècle, est très mal connu. Au tout début de ce siècle la Provence comme le reste de la Gaule est soumise à des hivers très rigoureux. La cité à défaut des campagnes dépeuplées par la crise démographique qui suit la Peste de Justinien, semble toutefois relativement florissante grâce à ses activité portuaires. De même, l'archevêché d'Arles joue toujours un rôle important ainsi que le confirment, le pallium et vicariat conférés par le pape Boniface IV, en 613, à l'évêque Florianus. Sous le règne de Clotaire II (613-629), Arles dispose d'un atelier monétaire qui frappe avec les ateliers de Marseille, Viviers, Valence et Uzès les premières pièces de monnaie avec le nom royal[63]. Arles est alors administrée par les représentants des branches mérovingiennes, soit dans le cadre d'une Provence unifiée, soit de manière individualisée par un duc. Il existe ainsi une Provence arlésienne (en opposition à la Provence marseillaise) de 634 à 656 (sous Dagobert Ier puis Clovis II), de 663 à 673 (sous Clotaire III) puis de 675 à 681 (sous Thierry III) [64]. La présence de cette Provence arlésienne semble aller de pair avec l'existence, comme au siècle précédent sous Gontran, du couloir austrasien. D'après Louis Stouff, à partir de 673-675, un patrice dirige la Provence au nom des souverains francs, mais il ne siège pas à Arles. Il réside à Marseille devenue la capitale de la Provence[65]. On signale également quelques rares événements, comme le concile présidé par l'évêque d'Arles Felix au sujet du célibat des prêtres en 682.

Au VIIe siècle, les marchands orientaux notamment syriens concentrent entre leurs mains le commerce d'importation en Gaule. Celui-ci se poursuit au siècle suivant. Un diplôme de Chilpéric II de 716[66], nous indique par exemple les denrées importées et transitant par Arles ou son port avancé Fos[67]. Henri Pirenne souligne toutefois que les échanges entre l'Occident et l'Orient déclinent fortement dès la présence Sarrasine en Méditerranée occidentale au début du VIIIe siècle. Il constate que des produits orientaux tels que l'or, la soie, le poivre et le papyrus disparaissent pratiquement sous les carolingiens et que le commerce entre l'Occident et l'Orient ne se fait plus que par les négociants juifs, probablement des Radhanites, seuls liens entre l'Islam et la Chrétienté[68].

Vers le milieu des années 710, des troubles sont signalés en Provence occidentale. Un texte de 780[69] fait écho à une révolte conduite par le patrice Anthénor contre le pouvoir franc de Pépin de Herstal, puis de Charles Martel, révolte qui s'accompagne de spoliations de biens ecclésiastiques. Dix ans plus tard, le danger vient des Sarrasins. Les Sarrasins qui ont traversé les Pyrénées en 720, entreprennent en 725 une grande razzia : ils prennent Carcassonne, le Languedoc jusqu'à Nimes et s'aventurent dans la vallée du Rhône jusqu'à Autun; Arles étant semble-t-il épargnée. Une des tours de l’amphithéâtre Une des tours de l’amphithéâtre

En 735-739, devant le danger des troupes de Charles Martel, qui descendent le long du sillon rhodanien jusqu'au Languedoc, Arles et Avignon, pour leur défense dirigée par un certain duc Mauronte (Maurontius), font appel en vain aux Sarrasins. Si les historiens s'accordent que les Francs ont bien fait trois raids en Provence, dont deux contre la cité d'Arles (736, 739)[70], ils divergent sur les causes du premier : pour certains, il serait lié à la présence des Sarrasins[71], pour d'autres non[72]. Lors du dernier raid en 739, pour réduire la ville d'Arles, Charles Martel aurait détruit l'aqueduc romain qui, jusqu'à cette date, continuait à alimenter la cité en eau pure. Les tours surmontant l'amphithéâtre datent probablement de cette époque. D'après Henri Pirenne[73], les Sarrasins auraient à nouveau soumis la côte Provençale et s'y seraient maintenus quelques années jusqu'à ce que Pépin les expulse en 752. Après la victoire des Francs que ce soit en 739 ou en 752, Arles comme la Provence est mise au pas avec rigueur par le pouvoir carolingien. La fonction de patrice est supprimée et la Provence est organisée en comtés calqués sur le découpage diocésal. Il est probable que dès cette époque le comte d'Arles est au dessus des autres comtes provençaux[74].

Toutefois à la fin du siècle (après 780) apparaît une période de prospérité, la Renaissance carolingienne, qui se met en place en parallèle avec un changement de politique des rois carolingiens en Provence et Septimanie. La vigueur du développement de la chrétienté génère des mouvements centrifuges conduisant à l'éclatement du diocèse d'Arles. En effet, en 794, au concile de Francfort, l'archevêché d'Arles est scindé en trois, les diocèses d'Embrun et d'Aix devenant indépendants. L'année suivante, Charlemagne sécurise son territoire contre les Sarrasins en établissant la marche d’Espagne; le conflit entre les Sarrasins et les Carolingiens[75] se déplaçant alors en Méditerranée occidentale et affectant d'après H. Pirenne, le commerce Occident-Orient. Pourtant en 800, Théodulfe (c.750-821) évêque d'Orléans, de passage dans la cité signale tous les produits qu'on peut y trouver grâce à son port : draps de soie, peaux de Cordoue, encens, ivoire et bien d'autres produits de la Syrie, de la Perse et de l'Inde : Arles est bien à cette époque un port franc prospère ouvert sur le monde méditerranéen.



Oui mais non

Cet article illustre parfaitement TL;DR, car la signification de TL;DR est: "Too long; didn't read", c'est à dire: "Ton post est trop long, je me suis pas fait chier à le lire".


TLDR
fait partie d'une série sur les phénomènes internet

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